Top 10

Les dix séries présélectionnées, soumises au jury et au public.

Ame Blary

Communauté

La série représente les différentes étapes et les différents moments dans une transition de genres. J’ai eu la chance de suivre le parcours de trois personnes transgenres (binaire/non-binaire) et de pouvoir photographier des moments intimes et parfois difficiles à partager. J’ai plongé dans leurs quotidien durant plusieurs jours, j’ai pu découvrir leur douleur, leur parcours compliqué, leur complexité, leur dysphorie, leurs moments de doutes mais aussi leur euphorie, leur joie et leurs moments de célébration. Une intimité liée au corps, complexe, unique et doux avec des couleurs plus ou moins chaudes en fonction de l’intensité et du moment partagé. Cette série photographique met en lumière le parcours des personnes transgenres et permet d’obtenir des représentations, cassant les clichés, les stéréotypes et les codes.

Lucas Frayssinet

Føroyskur Ungdómur

Føroyskur Ungdómur – (Jeunesse(s) Féroïenne)
Les Îles Féroé, géographiquement reculées au milieu de l’océan Atlantique Nord entre Islande, Norvège et Ecosse sont le berceau d’une population qui par sa jeunesse est en pleine mutation. Acculées entre une bipolarité très présentes au sein même de cet archipel d’à peine cinquante-mille habitants entre mentalités religieuses/non-religieuses mais aussi conservatrices/libérales dans leur extrêmes. La jeune génération et quelques précurseurs plus âgés commencent à peine à trouver leur place, en effet de « nouvelles » mentalités et idées apparaissent et évoluent sur par exemple une façon de consommer basée entre respect de l’environnement et du vivant mais aussi dans le respect de son prochain via une communauté gay et transgenre plus assumée avec une acceptation grandissante des autres.
Le portrait de cette jeunesse aux nuances complexes que j’ai tenté d’expliquer et d’imager, se met en relief avec le quotidien et mon ressenti que j’ai partagé durant cette longue période avec beaucoup de personnes de divers horizons. Tout cela a commencé il y a trois ans avec un premier séjour puis une installation durant un an et demi afin de vivre pleinement cette mutation de l’intérieur. Pour illustrer ce changement permanent, durant le déroulé de ce projet, des lois importantes ont été votées au parlement des Féroé permettant une meilleure reconnaissance de chacun par la non-discrimination, dont une qui a fait grand bruit dans la société féroïenne et ses différentes mœurs sur la reconnaissance de la parentalité légale de deux mères sur leur enfant.
Des nuances sont à apporter dans ce petit territoire très complexe de dix-huit îles à la fois très connecté, ouvert et influencé par notre pensée occidentale, est de préciser que ces mentalités ont évoluées plus rapidement au sein de la capitale Tórshavn et de ses villes voisines que partout ailleurs dans les différentes îles. Cette différence est expliquée par le recul géographique encore plus présent de beaucoup de villages et d’îles et l’évolution des chemins de pensée(s) évolue de façon plus lente et différemment d’un endroit à l’autre. On peut compléter par le fait que les féroïens sont davantage attachés à leur village qu’à leur nation avec une culture, une croyance chrétienne et des racines identitaires très fortes, le tout complété avec un rapport à la famille très intense. Par conséquent les idées extérieures ont du mal à être entendues et intégrées et ces « idéaux » sont très souvent rejetées. Par ce fait, Tórshavn, cœur économique et culturel de l’archipel est le précurseur qui tend à influencer le reste de la population dans une certaine mesure.

David Siodos

À l’ombre des vivants

Prisonniers de leur emploi du temps, et contraints d’appréhender la vie sous pression, les passants chavirent. Tous, ont l’illusion d’avoir une prise sur leur vie. Peu en profite vraiment. Les gisants, eux, ne simulent plus. Ce monde qui s’agite, les renvoie à leurs désillusions. Ces hommes et ces femmes qui se tiennent hors du temps, ne sont-ils pas davantage en contact avec la réalité ?
À travers la série « A l’ombre des vivants » je me suis attaché à suivre des individus qui errent, travaillent ou habitent à la périphérie de la vie… Au point de ne plus savoir moi-même si je suis vivant… Ou simplement une ombre.

Alexandra Laffitte

Ombrage

La nudité tient une place principale dans mon travail photographique. Le style minimaliste et épuré me plait. J’adapte en fonction du corps, de la morphologie du modèle, une attitude, une position, une présence, une gestuelle anormale avec une certaine esthétique.

La série « Ombrage » dépasse la simple apparence pour faire surgir tout ce que le sujet refuse de connaitre et d’admettre de sa nature et sa personnalité́, sans toutefois prétendre à la transparence d’une analyse.
Elle sonde également l’impact produit par un évènement extérieur fort, capable de remettre en question l’image de soi et la relation aux autres. Ce travail, fondé sur l’apparence et le mystère, ambitionne de mettre en lumière l’ambiguïté́ plus ou moins consciente de la nature humaine, le fragile équilibre entre le bien et le mal.

Yohann Hautbois

Au petit bar

J’ai découvert Michel, Hubert, les deux frangins, et leur bistrot familial au détour d’une sortie photo, près des Tuileries, dans les beaux quartiers parisiens. L’établissement, le bien-nommé « Au Petit Bar », est la propriété de leur famille depuis 1966 et l’arrivée du papa de sa Lozère natale, bientôt rejoint par la maman. Depuis, pas grand chose n’a bougé dans ce café d’un autre temps : on ne paie pas en CB, on se fait engueuler si on passe trop de temps sur son téléphone (le réseau est de toute façon quasi inexistant), on accompagne son café d’un croissant (sous la pression amicale de Michel), on déjeune sur le pouce, au gré des idées de la maman (la tarte aux fraises, le sauté aux lentilles…).
Ma série est en cours, je m’y rends de temps en temps avec mon Hasselblad 500 chargé de Portra 800. J’y ai été facilement accepté par les clients et les propriétaires bien sûr. L’utilisation du numérique me semblait anachronique en cet endroit, le noir et blanc trop cliché même si Henri Cartier-Bresson, en voisin, passait souvent prendre son café.

Aymeric Swiatoka Novais

L’inutile

Cette série de portraits a été réalisée dans le cadre d’un projet artistique qui a chamboulé ma vie : L’inutile. L’idée était de créer un journal d’information gratuit dans un lieu qui n’en n’a absolument pas besoin. Sur le modèle de Métro ou de 20 minutes, nous avons créé un journal en prise avec un territoire particulier (zone blanche, rurale ou de montagne, énorme zone pavillonnaire, ZAC déserte, école, QPV…), en réalisant toutes les étapes, de l’investigation à la mise en page, jusqu’à l’absurde distribution du matin, en k-way et casquette siglée, à côté d’un abribus de campagne.

Cette action nous a permis de redéfinir notre manière de faire de l’art de rue : plutôt que de créer des formes qui accueillent des milliers de spectateurs et qui servent de faire-valoir à la croissance culturelle (toujours plus de représentation et de spectateurs pour chaque festival chaque année), nous avons préférés rencontrer deux ou trois personnes, mais dont nous avons bouleversé l’existence, la sensibilité. C’est ici que nous sommes à notre place.

L’idée est clairement de faire poésie de presque rien. Et ainsi de traiter l’époque du média fou, de l’aigreur du commentaire et du fléchage méprisant quasi systématique des « petites » gens. Cette action met à l’honneur le sensible et le vernaculaire. Les petites choses. Elle capture un instant sensible, crée une diapositive émotionnelle, le marqueur de temps synchronique d’un groupe d’humains remarquables.

De juin 2020 à septembre 2023, j’ai été rédacteur et photographe sur plus de 40 numéros de L’inutile. C’était un métier passionnant qui a nécessité une grande capacité d’écoute, une confiance aveugle au hasard et un Fujifilm XT3 avec un 23mm. Je ne vais pas vous surprendre, mais ça a été compliqué de photographier les personnes croisées à la suite d’une rencontre courte et intense. L’empathie d’Alice, de Christine, de Berthe et Marcel, de Brahim, de Denise, d’Ezio et de Christophe les a poussés à accepter d’apparaître sur mes clichés.

Élodie Tann / 666biche

Fantômes

Une emprunte invisible laissée, la communication non verbale. L’observation furtive d’une réflexion non aboutie.
Un regard sans parole. Une main qui effleure une cuisse, un dos, une épaule, qui embrase l’âme, sans le reconnaitre.
La peau qui appelle la peau.
Un moment dérisoire pour celui qui parle, un départ de flamme pour celui qui lit.
Prendre l’instant, et arrêter de vouloir tout comprendre, tout digérer, tout mettre sur papier. Ressentir sans explication.
Fantôme, c’est une série qui souffle le chaud et le froid, c’est l’avant et l’après mais jamais le pendant.

Nicolas Gastaud

Summer Forever

Quand ils se sont mis ensemble, ma grand-mère maternelle a quitté son village natal en Toscane, pour habiter à Aix-en-Provence avec mon grand-père.
Jusqu’à mes dix-huit ans, je me suis rendu tous les étés avec mes parents et mes frères à Castiglione-della-Pescaia, son village en Italie.
Nous faisions le trajet en voiture, cela représente une quinzaine d’heures en partant d’Auvergne, là où mes parents habitent. On s’arrêtait tout le temps chez mes grands-parents dans le sud, pour couper le trajet en deux. Ces voyages ont un peu défini ma vision de l’été : le sud, les cigales, la Méditerranée.
Je ne suis jamais allé à Castiglione avec mes grands-parents, et aujourd’hui ma grand-mère est décédée. Je continue malgré tout de retourner dans son appartement en Toscane, en passant toujours par leur maison du sud, que mon grand-père occupe toujours.
J’ai travaillé sur cette série avec un objectif en tête : reproduire un sentiment de l’été fidèle au souvenir que j’en ai, à travers une série qui en montrerait plusieurs facettes : des couleurs vives et chaudes, des détails banals, et biensur la mer. J’avais envie d’en faire un projet personnel qui pourrait en même temps parler à d’autres personnes.
J’ai voulu lier mon grand-père au village de Castiglione-della-Pescaia, un moment qui n’est jamais arrivé pour moi, mais que mes images permettent.
C’est pour ça que j’ai voulu l’appeler « Summer Forever ».
Toutes ces photos ont étés prises entre Aix-en-Provence et Castiglione-della-Pescaia.

Andréa Sena

Nuits clandestines

Paris et alentours / Octobre 2020 – février 2022
Ma tête tourne ou ce n’est pas ma tête mais le cerveau qui dysfonctionne. Je ne sais toujours pas dire laquelle est stimulée lorsque vous vous trompez de côté, la droite ou la gauche. Il y avait une femme dans le miroir qui faisait poser ses fesses et un ami qui me capturait pendant que je prenais ma photographie. Jusque-là ça va, la moitié d’un ne me fait plus rien à cet instant, nous sommes dans la phase du couvre-feu et nous avons pu rester dehors jusqu’au vingt et un coups du soir avant de rentrer dans la brume d’un anniversaire sans pâtisserie, exceptionnellement.
La meilleure d’entre elles, je ne la découvrirai seulement trois jours plus tard avec les restes d’une descente qui s’estompera remplacée par la douceur de n’avoir rien oublié de déclencher. Il est tombé plusieurs fois ce soir, je l’ai vu faire comme une menace future mais trop lente pour l’attraper au ralenti du réel. Je ne comprends pas pourquoi je devrais faire avec l’autre alors que son grain me la signale avec sa lumière infrarouge ; c’est la puissance de son avertissement qui confirme son ressenti, la monochromie est bien plus séductrice que la chaîne des codes du reportage moderne.
La philosophie des nuits sans aucune identité n’était nécessaire pour rentrer et c’est à ce moment que mon immersion a commencé. Sentir la narration d’un genre d’images suggère la capacité de s’oublier sans code de présentation, pas de scoop ni de primes, vivre pour ces fragments de toucher d’érotisme au bord d’un lit ou pour ses cheveux de paille éclaircis dans les terres du XVIIIème arrondissement.
Tu es désormais libre de suer et d’avaler la goutte, clandestinement et en détachement de ce que le mot liberté signifiait pour toi avant Halloween 2020 et certainement sans fin.
Syndrome de pandémie longue.
Série photographique monochrome réalisée entre octobre 2020 et février 2022 pendant les restrictions nocturnes dû à la pandémie Covid-19.

Juliette Jacobs

La Marque

Quand j’étais petite, je ne comprenais pas ce qu’était la maladie de maman. Je me souviens de ce jour où elle m’a dit, d’un air grave et désolé, qu’elle était malade. Pourtant, elle avait l’air en bonne santé. J’ai compris que ma mère était différente quand j’ai vu mes camarades de classe faire des choses dont j’ignorais qu’elles étaient possibles. J’en ai voulu à maman, puis moi aussi je suis tombée malade.
Ma mère, Nathalie, souffre de troubles obsessionnels compulsifs depuis ses 20 ans. En me donnant naissance, elle m’a transmis tout l’amour qu’il est possible pour une mère de donner à son enfant, mais elle m’a également légué ce qu’elle appelle « la marque ». Dès l’âge de 14 ans, j’ai développé des troubles du comportement alimentaire.