Les séries sélectionnées

Découvrez les photographes sélectionnés et leurs séries présentées lors de la projection de Musicophotographie en 2022.

Retrouvez les photographes par leur nom :

Violaine Chaussonnet

Nos corps comme les pierres

La série « nos corps comme les pierres » est née de mon désir vif et soudain pour l’élément minéral, tandis que je travaillais jusqu’alors essentiellement avec le corps et l’élément végétal.
J’ai été appelée par les pierres en ce qu’elles ont en elles quelque chose d’indestructible et de fondamental. Je les ai ressenties anciennes, immortelles, proches de quelque chose d’absolu et d’inconditionné.
Alors avec ce désir, je suis allée photographier ; et j’ai fait l’expérience de la sensualité des roches : les pierres sont comme des corps qui se frôlent, des corps aimés qui ont des plis, des creux, des fentes, des aspérités ou des saillies…
« Les pierres sont des souvenirs du ciel, le minéral est sur terre le descendant direct du sidéral – c’est-à-dire qu’il en vient, et qu’il s’en souvient. (…) Au lieu de les considérer comme inertes, il faut s’approcher d’elles, regarder comment elles sont dans la lumière ou dans la nuit et écouter ce qu’elles y font, c’est-à-dire les entendre exister, les entendre écouter. » Ces mots de Jean-Christophe Bailly (au sujet de la série Surfaces de Marie Sommer) m’ont éclairé sur mon propre travail. C’est bien l’indestructible que je rencontrais par l’image, la forme icibas de l’indestructible. Cet indestructible qui vient d’ailleurs, qui n’est pas touché par la fluctuation de notre monde sublunaire. Le souvenir du Ciel.
Le second mouvement qui a fait naître cette série est l’apparition spontanée dans mon esprit d’images qui me hantaient et qu’il me fallait réaliser : des images de pierres posées sur le corps de mes enfants.
Encore une fois, j’ai été appellée à faire ces images. Elles sont comme la manifestation d’un désir d’immortalité, de l’espoir de leur corps devenus indestructible : leur corps transfiguré en corps du Ciel, à travers les pierres.

Cyril Ruchet

À la rue

Ma production photographique s’articule sur la relation entre l’Homme et son environnement. Fasciné par le fourmillement de la vie urbaine , je cherche à composer avec le hasard au fil de mes voyages des clichés humanistes, bienveillants, poétiques et esthétiques.
Je tente ainsi de rendre hommage aux parcelles de vie, aux détails révélateurs du quotidien mais surtout aux gens. Les rêveurs, les travailleurs, les joueurs, les pêcheurs, les enfants ou encore les personnes âgées sont ici un tout. Un ensemble hétéroclite qui fait battre à l’unisson le cœur de nos cités.
Ces questionnements m’ont amené vers un travail d’autoédition grâce auquel je confectionne des livres de photographie de rue.
« La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard » John Stuart Mill

Guillaume Leu

La vieille armoire en chêne se souvient-elle du temps où elle avait des feuilles ?

« La vieille armoire en chêne se souvient-elle du temps où elle avait des feuilles ? »
Ces mots de Paul Valéry résonnent et posent le souvenir conscient comme la base de notre condition humaine.
Au nom du souvenir :
– On écrit
– On photographie
– On dessine
– On peint
– On film
– On enregistre

Le souvenir est parti intégrante de nos vies. Qu’il soit collectif ou personnel, solitaire ou partagé, il est le fondement de notre avenir. Il guide nos rêve, consolide nos arguments, nous procure des émotions.
À travers ce projet photographique, je souhaite explorer le monde du souvenir, si intimement lié à la photographie, et tenter de matérialiser ce phénomène physiologique a travers l’image.
La série de 10 photographies présentée dans le cadre de cette édition de Musicophotographie est un extrait d’un projet encore en cours nommé « La vieille armoire en chêne se souvient-elle du temps où elle avait des feuilles ? ».

Pauline Le Pichon

Asymétrie

Lorsque j’ai débuté la photographie à la fin des années 2000, je suis rapidement devenue adepte des autoportraits. D’une part, parce que je n’osais pas diriger mon appareil vers d’autres personnes et d’autre part, je m’avais constamment sous la main et je pouvais, dès lors, me manipuler à volonté.
En explorant la question des apparences année après année, j’ai élaboré plusieurs séries d’autoportraits. Et comme dans les selfies, je me suis rendu compte que le regard mécanique de l’appareil pointé vers moi avait le pouvoir de me transformer.
Dès que je mettais le retardateur en marche et que je passais devant l’objectif, je me dédoublais et me créais une nouvelle identité. Telle une actrice, je me mettais automatiquement dans la peau d’un personnage et m’éloignais progressivement de la représentation fidèle de la réalité.
Étrangement d’ailleurs, puisque je réalisais rarement mes autoportraits en présence d’autres personnes, comme si ce changement était beaucoup trop intime, trop personnel.
Avec peu d’ingrédients, « Asymétrie » représente ce moment où je quitte le réel pour parvenir au semblant.
Avec ce travail, je montre comment j’ai été trompée par mon comportement devant l’appareil photo, et je montre comment je peux, à mon tour, tromper les spectateurs. S’ils regardent mes images sans lire ma note d’intention, ils peuvent croire que ces images ne sont que des
backstages de séances photos avec ma sœur jumelle.
Mais ce n’est pas réel. Ces photos sont des photos mises en scène, qui sont, ensuite, truquées sur un logiciel.
Je n’ai pas de sœur jumelle.
Alors, dans un monde envahi d’images et souvent de fake news, j’encourage le spectateur à prendre du recul et à vérifier les informations données avant de les croire.

Kristell In Wonderland

Idoles

« Idoles » est une série photographique, qui aborde la religion et la sacralisation avec des personnages connus et moins connus. Les décors sont construits en retouche post prod. S’y mêlent des personnages tels que des madones, des anges, des vampires,

Ont posé entre autres le chanteur Plastic Bertrand, le styliste Elvis Pompilio.

Il y a un mélange de kitsch, de pop, d’archétypes, et de religion. Mes sources d’inspiration sont cinématographiques et musicales : Romeo+Juliet, Edward Scissorhands, videoclips de Depeche Mode, Nirvana, Marilyn Manson, Madonna…

Lucas Kozak

Les nuits ne s'élèvent jamais

Photographies réalisées dans le jeu vidéo Cyberpunk 2077, avec la même démarche que j’effectuerai dans le monde réel, c’est à dire ; en errance à la recherche d’une atmosphère.
Une ville.
Un futur.


Quand on est en phase de rêve, la totalité de nos images ne sont pas cent pour cent réel, même les couleurs. Comme si les images étaient mouvantes, qui se faufilaient derrière notre regard. Des fragments d’expériences, impossible à cerner, sans rebord.
Puis soudainement, la chute.
On se retrouve à nouveau connecté avec soi même, ou du moins on l’espère.
Déambuler dans des villes perdues d’humanité, érigé sur un capitalisme et des mensonges, à la technologie sans limite, où le bitume est bouillonnant, où les humains ne captent plus le sens des sens.
C’est peut être le résultat de décennies à vouloir toujours plus.
Jusqu’au point de rupture.
Mais je ne suis pas là pour vous évoquer une potentielle rupture mondiale qui me hante depuis bien longtemps, vous l’aviez déjà sans doute compris.
Je suis une personne qui ne supporte pas du tout la violence. Il n’y a que derrière des écrans dans des fictions ou des œuvres culturelles que mon esprit l’accepte, et sans doute pour une simple raison. Le fait, que le choc des images, ne traverse jamais la frontière vers le réel.
Tel un catalyseur, la photographie me permet de mieux comprendre la ville et la violence qu’elle peut cacher, ou que j’imagine. Je recherche des traces invisibles, peut-être celles laissées par des fantômes, derrière des fenêtres.
Dans « Les nuits qui ne s’élèvent jamais », cette série explore une ville d’un futur où les rêves étaient trop différents selon chacun. Où la philanthropie n’existe même plus dans un lexique. Imaginez des photographies d’un détective, qui se perd au fil d’une journée, aveuglé par les cendres d’un monde en effervescence.


Ma démarche photographique :
À la découverte des lignes froides et de l’atmosphère spécifique du paysage urbain, je commence alors à isoler la ville dans des cadres. Jouant avec le hors champ pour que le spectateur laisse libre cours à son imagination et dessine un avant-après. Mes photographies sont comme des décors où émerge l’inhabituel. Le cadrage comme source de tension, la ville comme catalyseur d’une violence imaginée, son sens de l’inquiétante étrangeté.

Océane Feld

Journal de bord

La série que j’ai décidé de présenter est construite autour de photos extraites de différentes séries artistiques : je parle notamment d’endométriose, de rapport au genre, de mon rapport à la nature… Des photos toutes uniques qui traitent de différentes problématiques dans la société et dans ma vie personnelle. Elles sont toutes la construction d’une sorte de journal intime photographique où je prends en photo mon quotidien, mes ami.e.s, ma famille. Et elles sont surtout nécessaires pour le message que je souhaite transmettre avec chacune d’elles.

Emma Louise Prin

Pour ne pas s'oublier sans rien dire

« Les défauts font partie intégrante de la photographie. C’est ce qui en fait la poésie, lui donne sa qualité picturale. Et pour cela vous aurez besoin d’un mauvais appareil photo ». Miroslav TICHY

Revenir à l’essence même de la photographie.
Au temps et à la patience, au hasard et aux défauts propres à la photographie.

Lorsque je faisais mes études aux beaux arts, j’ai découvert qu’il était possible de fabriquer un appareil photographique soi-même, en perçant un minuscule trou sur la paroi d’une boite hermétique à la lumière. Qu’en appliquant une surface photosensible sur la paroi opposée et en exposant plusieurs minutes à la lumière, l’image inversée de la réalité extérieure se formerait sur le papier. Au début je ne le croyais pas vraiment, et puis après plusieurs essais avec une boite à thé métallique, j’ai obtenu une image. J’ai continué à explorer et à obtenir des résultats de plus en plus étonnants. Le sténopé est un phénomène qui me fascine.  Toutes mes photographies sont donc obtenues avec un sténopé conçu dans une boite à thé métallique. J’y introduis des films négatifs transparents que je développe dans mon propre labo photo, avant de les scanner et de les retravailler numériquement. 

Le sténopé est une source de créativité inépuisable.

Le hasard fait entièrement partie du procédé. On ne maitrise jamais tout à fait la technique. L’image qui va en sortir est à chaque fois une surprise et d’une erreur peut surgir une image inattendue que je n’aurais jamais imaginée. Pourtant il me permet de créer des images au plus près de mes émotions. Les temps de pause très longs permettent des bougés, la double apparition d’un même modèle, des parties de corps qui se prolongent, se multiplient, se délitent. Je dédouble un même modèle, le transforme, le travestis. L’imperfection due à la technique presque primitive donne l’illusion de tout. J’utilise des films négatifs vétustes et altérés qui me permettent d’obtenir des textures inattendues, des images craquelées et tachées.

Je fais de la photo pour raconter des histoires, illustrer les sentiments, la vie émotionnelle, pour ne pas oublier sans rien dire.
Mes images évoquent des sujets intimes. Elles racontent la sensation charnelle d’abandon, de manque, de désir, d’abattement, de doute, d’un besoin de consolation, d’amour, de contact physique. Les corps sont esseulés, recroquevillés, sortent d’eux-mêmes, s’éloignent, disparaissent. Ou alors ils s’étreignent, s’embrassent et se touchent. Finalement, l’identité des modèles n’a plus d’importance, ils deviennent de simples corps qui ne leurs appartiennent plus. Mes images racontent la mémoire de la peau et de l’âme. Elles tentent de parler le langage des corps, de saisir un moment qui s’éloigne, de retranscrire visuellement une émotion ressentie. Mes sténopés sont aux antipodes de la perfection et de la maitrise numérique. Il sort de la boite à chaque fois une image hantée de fantômes, empreinte d’une mélancolie poétique qui me fascine.

Entre douceur et violence.
Entre sensualité et macabre.
Je mêle souvent mes sténopés avec des photographies numériques. Il s’agit de détails, parfois j’ajoute un œil, une bouche, une main… Un élément étrangement net qui vient contraster avec le flou et les imperfections du reste de l’image.
Ce mariage entre l’ancien et le contemporain rend la photographie perturbante, insaisissable.

Pauline Petit

Le Portrait Graphique

100 % AUTOPORTRAIT ! 1 VISAGE / 8 PERSONNAGES

La série « LE PORTRAIT GRAPHIQUE » se compose de plusieurs dizaines de portraits monochromes aux cadrages serrés, présentés sur fond blanc au format carré. Mettant en scène des personnages imaginaires, humoristiques et surprenants, cette série interpelle, questionne et fait rire les petits comme les grands. Elle a d’ailleurs été pensée pour être une forme d’art simple, accessible et appréciée par tous. En présentant un univers à la fois enfantin et léger, mais aussi très rigoureux et précis, Pauline Petit a su associer intelligemment ses deux passions pour présenter des visuels à mi-chemin entre photo et dessin. Elle réalise elle-même l’ensemble des maquillages et des coiffures, elle crée les différents accessoires et réalise évidemment les prises de vues et le post-traitement des photos dans son atelier.
D’ailleurs, les photos présentées sont toutes des autoportraits : 1 visage pour 8 personnages !

Emma Rochefeuille #1

Head Spin

Ma pratique se développe au sein de l’univers musical où mes inspirations, et mes créations naissent de sons et de compositions.
Je tente à travers mon travail de faire voir le sonore et de lui donner une image. Spontanée ou maitrisée la musique prend place, elle n’est plus seulement médium, mais devient aussi et avant tout, sujet.

Nuit, folie, ivresse et flou de vivre, extraits de deux nuits passées dans les salles obscures messines en quête de saisir cette éternelle jeunesse. Capter ces oiseaux de nuits, s’imprégner, s’immiscer dans leurs soirées afin de saisir cette énergie et ce feu qui grondent en eux.

Emma Rochefeuille #2

Somnium 11

Ma pratique se développe au sein de l’univers musical où mes inspirations, et mes créations naissent de sons et de compositions.
Je tente à travers mon travail de faire voir le sonore et de lui donner une image. Spontanée ou maitrisée la musique prend place, elle n’est plus seulement médium, mais devient aussi et avant tout, sujet.

Les basses, les sentir vibrer au fond de moi. Le chant, me laisser porter par la mélodie et leurs voix envoûtantes. Mes amis, leurs sons, leurs créations, sans doute l’une de mes plus grandes inspirations. Me perdre dans leurs mots, écouter, réécouter sans cesse les même paroles. Puis peindre, dessiner, mettre sur fond les ressentis et émotions que me provoquent leurs musiques.
Enfin, mettre en scène, décorer, maquiller puis capter un instant, une pièce, un fragment qui devient l’ultime représentation personnelle de cette œuvre sonore.

Michaël Massart #1

A Ghost Story

« A Ghost Story » est l’histoire d’un fantôme qui se retrouve pris au piège entre deux mondes, le nôtre et celui de l’au-delà. Il comprend qu’il ne fait plus partie du monde des vivants, mais ignore la raison de sa présence dans cet entre-deux. D’où vient cette force qui le retient ?

Le vague à l’âme, il se met en quête d’une échappatoire, sans savoir ce qu’on attend de lui. Le temps lui semble une éternité, mais après tout peut-être est-ce le cas ? Il en a perdu toute notion. Il se sent seul et erre de place en place, jusqu’au jour où…

Inspiré du film « A Ghost Story » de David Lowery.

Michaël Massart #2

Firewall

Plutôt que de chercher le juste milieu, qui lui assurerait sa survie, l’Homme vit dans l’excès, ce qui causera plus que certainement sa perte, et ce dans bien des domaines.

Un exemple parmi d’autres ? Cette phobie qu’il a pour les bactéries ! Nous vivons de plus en plus dans un monde aseptisé, où l’on doit avoir le contrôle sur tout et tout le monde, nous sommes gavés de publicités pour des produits qui éliminent 99,99 % des bactéries à longueur de journée et nous abusons des antibiotiques dès les premiers signes d’éternuement. Mais tout comme pour une épreuve sportive où ce n’est pas en restant vautrés dans le canapé que nous allons franchir en premier la ligne d’arrivée, pensez-vous que c’est en évitant tout contact avec les bactéries et en vivant dans une bulle que notre corps sera plus résistant ? Tout est question de juste équilibre.

Michaël Massart #3

Lost

Se sentir perdu, complètement dépassé par ses peurs profondes ou ses rêves inaccessibles, est un moment très délicat à vivre. L’équilibre est fragile… rêve ou réalité ? On est comme pétrifié, hésitant entre aller de l’avant et affronter ce qui nous attend ou faire demi-tour et fuir ! Ce sentiment d’égarement est accentué par le fait que bien souvent, on se retrouve seul pour affronter cette épreuve. Seul dans sa tête, seul sur cette terre surpeuplée, seul et perdu…

Et vous ?

Alexandra Laffitte

Empreinte

Dans ce travail, le visage de chaque femme est dissimulé à l’aide de masques, d’accessoires, de maquillage pour mettre en évidence le corps, une position, une gestuelle anormale, une esthétique.
Malgré cette identité non dévoilée, les empreintes digitales sont uniques à chaque individu et chaque doigt à son empreinte propre.
Le corps partiellement ancré met en évidence un membre, une empreinte et donc l’identification possible de ces femmes.

Avec la morphologie de chaque modèle, je crée, j’adapte mon univers avec une certaine pudeur, noirceur et mélancolie.
Mon travail photographique représente un style minimaliste et épuré, impliquant une certaine mise en scène conjuguant esthétique et graphisme.

Sarah-Megan Allouch

Dream Hard

La retranscription d’émotions est mon principal moteur lorsque j’imagine des images et des séries photographiques. Je mets en scène mais je capture aussi les moments de vie. Mon petit et vieil appareil argentique OLYMPUS AF 1 me donne la sensation d’être à ma bonne place.

Je suis observatrice et rêveuse. J’aime donner un sens onirique et suspendu à mes images, la retouche me permet de l’accentuer davantage. Je travaille aussi avec les couleurs et les textures, ce sont, pour moi, de véritable sujets autant qu’un modèle humain et j’essaie toujours de réunir les trois dans une image.

Je photographie beaucoup mes amies, parfois j’attends plusieurs années avant de mettre en place notre prise de vue, car ma démarche consiste à le faire durant un moment fort de leur vie ou une période charnière de leur existence. Je réfléchi à une mise en scène personnalisée sans qu’il y ait de rapport direct avec leurs émotions, mais je cherche une pause, une expression, des vêtements et un décor qui pourrait correspondre à un moment entre sommeil et réalité.

Dominique Ferveur #1

Et si le ciel bleu disparaissait

J’ai été fortement impressionné par les images des méga feux diffusées récemment.
De septembre 2019 à février 2020 un incendie en Australie a détruit 18,6 millions d’hectares, tué plus d’un milliard d’animaux et 479 personnes.
En Californie, 6 incendies majeurs depuis 2020 ont détruit près de 20 % des séquoias géants détruits.
Et si ces images rougeoyantes devenaient notre quotidien. Ainsi, j’ai imaginé des scènes ici et ailleurs dans le monde ou le ciel bleu avait disparu.

Et, si le ciel bleu disparaissait …
J’y ai cru dis !
J’y ai cru en découvrant les photos !
J’y ai cru… et je suis partie dans le bush australien, là où tout a cramé fin 2019.
J’y ai cru, et j’ai repensé à « la dernière valse de Mathilda », un bouquin génial qui se passe là bas, avec le même ciel, le même feu, la même trouille que les flammes ne s’arrêtent plus !
J’y ai cru et je me suis dit que si le ciel virait au jaune sur les photos d’ici et d’ailleurs, le bleu et le jaune feraient peut être un truc un peu verdâtre qui nous ferait réfléchir au « bla bla bla  » de Greta, aux marsupiaux grillés et à AC/ DC.

Dominique Ferveur #2

Voyage au bout d'un monde

KIRGHIZISTAN : Voyage au bout d’un monde

Il y a des endroits où l’on a vraiment l’impression d’être au bout du monde, ou tout au moins au bout d’un monde.

Le Kirghizistan, ce pays grand comme 1/3 de la France, aux confins de l’Asie centrale, en fait partie.

Imaginez un pays montagneux, séparé de son voisin, la Chine, par des chaînes de montagne infranchissables s’élevant à plus de 7 000 m : Les Monts Célestes (quel nom !). Au pied de ces montagnes, des lacs, des steppes mais aussi une population encore nomade. C’est également un voyage en pays postsoviétique. L’empire soviétique a apporté à ce pays éducation, santé, infrastructure. L’économie s’est effondrée après l’indépendance proclamée le 31 août 1991. Les Kirghiz ayant conservé leurs racines, langues et traditions sont retournés à leur mode de vie ancestral. En été, les éleveurs de chevaux ou de yacks s’installent avec leur famille dans les hauts plateaux et vivent sous la yourte.

À travers ces photos je vous invite à découvrir quelques impressions voyages, d’instants privilégiés partagés avec ces femmes et ces hommes, lors de notre périple qui nous mena de la capitale « soviétique » Bichkek au caravansérail de Tash Rabat.

Dominique Ferveur et Jean-Jacques Couturier

Nature Rêvée

Cette étrange manie qu’ont les hommes de créer l’illusion de vivre avec la nature, de jouer à l’apprenti sorcier. On ne voudrait que le bon côté de la nature, apprivoisée, aseptisée; des roses sans épine, des plantes en plastique qu’il n’y a pas besoin d’arroser, des arbres dans nos villes mais pas trop grands …
Nous avons décidé de traiter ce sujet de manière décalée, souvent humoristique, tantôt poétique. L’idée est venue de réaliser des mises en scène et de solliciter nos amis pour partager ce projet. Nous avons recherché des lieux favorables où l’on retrouve une antinomie entre ville et nature.

Laetitia Guichard

Sport de rue

Mon but a toujours été d’allier mouvement et architecture. Le mouvement est une source d’inspiration sans limite.

Vincent Hammouche

Muay Thaï

Sport ancestral, la Muay Thaï ou boxe Thaïlandaise est l’art martial le plus populaire d’Asie du Sud-Est. Pratiqué dans le monde entier par plus d’un million de personnes, c’est l’un des sports de combat les plus populaires. En Thaïlande, la Muay Thaï représente bien plus qu’un sport, c’est une philosophie de vie, un métier et un ascenseur social.
Ma passion pour cet art martial remonte à mon enfance. Les valeurs portées par cet art font écho à mon cheminement personnel. Endurance, détermination, dépassement de soi, combativité, maîtrise de soi, respect de l’autre. Dans tous ces aspects la Muay Thaï agit comme une école de vie. Peur, rage, joie, déception, courage, toutes ces émotions que l’on trouve dans la boxe Thaï nous confronte à notre connaissance de soi. Si la Muay Thaï est bien un sport de combat où deux combattants s’affrontent, c’est avant tout un moyen de se combattre soi-même. C’est à mes yeux la consécration de l’art noble.

Dans cette série, prise au Chaweng Stadium de Koh Samui, j’ai eu l’occasion de suivre une école de Muay Thai de l’île : la « Yodyut Muay Thai Academy ». Cette soirée de combat est l’aboutissement de semaines d’entraînements intensifs pour chaque combattant. Mon regard s’est naturellement porté sur l’aspect physique et combatif de ce sport mais aussi sur sa grâce et sa beauté que l’on retrouve dans les mouvements des combattants. Dans certaines photos on pourrait même occulter le fait qu’il s’agisse d’un sport de combat et faire la transposition au monde de la danse.

Elodie Lanotte

Teirau

L’œuvre d’Élodie Lanotte est une entreprise de « dé-finition », ainsi qu’elle l’a elle-même caractérisé. En imaginant une étymologie du mot reposant sur le préfixe « dé- » qui, dans la langue française, est dérivé du préfixe privatif latin « dis- », l’artiste invente un nouveau sens au mot, lui donne une autre origine, factice mais plausible, fait éclater un premier carcan : la langue. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le travail d’Élodie Lanotte questionne tout ce qui, dans notre monde d’images, produit, conforte ou défend des normes. Il s’attaque à l’arbitraire des représentations, à tout ce qui se fait passer pour essence, là où il n’y a que contingence, à commencer par ce qui a longtemps dominé la culture classique du point de vue esthétique, mais surtout éthique : le canon. Derrière les proportions et les caractéristiques physiques de corps irréels, irréalisables, s’abritent des concepts et des valeurs morales : bienséance, unité, harmonie. Mens sana in corpore sano. Les œuvres d’Elodie Lanotte subvertissent la philosophie, la science et la psychologie occidentales, qui ont pensé le corps en termes dualistes et naturalistes, et tentent de le dé-finir, de lui restituer un espace de possibles.

Camille Hennequin

Burn Out

BURN OUT : n. m. « épuisement physique, émotionnel et mentale qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeante sur le plan émotionnel »

 

Cette série photographique est un travail à quatre mains. Accompagnée d’une amie nous avons mûri ce projet pendant près d’un an. Notre objectif était simple, nous voulions expliquer cet épuisement physique de manière lisible et permettre à tout le monde de comprendre le cheminement, une histoire menant à cette descente aux enfers. Il était important pour nous de caractériser les différentes phases que comporte le burn out, de voir évoluer notre modèle à chaque photo. Nous avons joué avec la colorimétrie, le maquillage, le décor, les détails ont tous leurs importances. Les quelques personnes ayant vu la série ont réagi à la dernière photo : dégouté, choqué, surpris. Nous souhaitions créer la réaction pour faire passer ce message. Nous ne voulions pas de fin heureuse, car pour certain, il n’y en a pas. L’utilisation du mot « Burt out » ne doit pas se faire à la légère car il existe des conséquences graves, parfois fatale à cet épuisement professionnel.

 

Phase 1 : phase verte, enthousiasme – implication – motivation – sociabilité – épanouissement

C’est avec un simple bout de papier que le cauchemar a débuté. Un simple bout de papier ouvrant sur une carrière, une société à laquelle j’étais destinée. Derrière mes lèvres colorées, je laissais encore apparaître toutes mes dents, malgré les besognes que je réalisais avec l’esprit léger semblable à celui d’un enfant. Une vie saine où le temps se promène. Ce temps que je consacre à moi, aux autres. Travailler sans négliger ma vie de l’autre côté de ses cloisons vitrées.

 

Phase 2 : phase orange, stress – fatigue – négligence – irritabilité – impatience – tension

Garder son calme pour sauver son âme. Sacrifier des instants de bonheur pour travailler durant des heures. Métro boulot dodo, six syllabes transparaissant tant de maux. Des tâches qui s’accumulent encore et encore durant des journées où le temps se bouscule. Ce sont désormais mes ongles rongés qui portent les nuances de ma bouche maquillée.

 

Phase 3 : phase rouge, burn in – travail – épuisement – énervement – frustration – déshumanisation

Entasser les cafés, plus rien ne compte si ce n’est que bosser. Rester productive pour oublier de vivre. Peut-on encore rêver et espérer derrière ce bureau où je souhaite m’effondrer. Sentir sur moi l’ombre de cette ‘garce’ voulant prendre ma place. Supporter des tonnes imaginaires qui détruisent mon dos, mon moral, mon cerveau. Je n’aurais pu imaginer qu’un jour, j’aurais dû avaler en quantité ces petits écrins rouge et blanc pour me permettre d’exister. Quel bonheur d’être une femme, d’ajouter aux yeux de la couleur pour se confondre avec mes pleurs.

 

Phase 4 : phase grise, pleurs – anhédonie – hyperémotivité – sommeil – isolation

Qu’attendons-nous lorsque notre carrière débute ? Existe-t-il un guide pour survivre dans le monde du travail qui est une ‘pute’ ? Les seuls instants où je souffle, où je respire, me servent à inhaler cette fumée me faisant survivre. Les gobelets au goût amer ont laissé place à l’arôme des bais de genièvre. Cette belle bouteille bleue dans laquelle je me noie pour oublier ce milieu si venimeux.

 

Phase 5 : phase noire, burn out – neurasthénie – effondrement – dévalorisation – désengagement

Ma gorge ne savoure que désormais, les cendres de ces cigarettes que je regarde se consumer. Y a-t-il une fin permettant de me détacher de cet univers ? De cet enfer ? Un autre assaisonnement à mon Gin, que mes larmes assassines ? Je me sens brûlée, étouffée. Ma vie personnelle où est-elle ? Il ne reste de moi aujourd’hui qu’un corps, sans émotions, sans dévotions, ai-je toujours une place dans ce décor ? Peut-être ai-je la solution a cette noirceur. Dans le creux de la soie, éteindre la douleur en moi. Sentir en cette étoffe, la douceur que j’ai tant recherchée pour soulager ma nuque oppressée.

Jean-Luc Reynier

Les Déboulonneurs

Cette série de photographies fait partie d’un ensemble de travaux plastiques ayant pour thème l’écologie.

Je vous propose des photographies montrant des actions du collectif des Déboulonneurs de Paris, actions contre la publicité. Le système publicitaire, en poussant à l’hyper consommation, est à la fois, polluant, climaticide et responsable de l’épuisement des ressources naturelles. L’action du collectif des Déboulonneurs se déroule dans l’espace public tel un happening. Il s’agit d’une action de désobéissance civile non violente. Le collectif écrit des messages sur les publicités en présence de la police, puis est interpellé.
Ici, photographie plasticienne et photojournalisme se côtoient.

Chloé Lecarpentier

Somewhere Nowhere

Chercher l’air après les mois en cage. Se retrouver dans les vastes espaces, dans lesquels on peut s’y sentir parfois plus coincés qu’on l’aurait pensé, malgré l’immensité.
Mais l’inattendu arrive toujours à un moment, à quelques pas. Et l’on réalise, la beauté d’être là, paumé-e, surpris-e, comme un-e gamin-e qui (re)découvre la vie.
La pluie, la neige, le brouillard, qui font oublier, chassent les pensées, donnent des idées. La nature, ses couleurs, le vide, l’usure du temps, te saisissent la visée.

Julien Tixier

Les suspendus

Bien sûr, le sens a de l’importance, mais il ne doit pas être ce sens restrictif qui en devenant une injection cernerait tout, jusqu’à devenir vain et finalement absurde. À ce sens que l’on donne, que l’on bâtit, que l’on projette, je préfère un sens que l’on retrouverait, un sens que l’on préserve, que l’on accompagne. Un sens déjà présent, souvent oublié, un sens primaire : vivre.

Cette série est une suite de portraits d’espaces. Même de portraits d’instants. Statiques. À moins qu’ils ne soient déjà en tension, entre deux réalités, ambigus et prêts à basculer vers autre chose.

J’aime photographier les paysages de manière large, dans leur dimension onirique, à contre-emploi des capacités d’un appareil sommaire, destiné dans l’imaginaire commun à des portraits rapprochés et fugaces. J’aime les aborder dans leur grandeur naturelle, ou dans leur simple banalité, mais à chaque fois comme des forteresses ouvertes, vidées de leurs occupants, ou qui sait, occupés peut-être à les attendre. Des forteresses toujours marquées, souvent brûlées, quelques fois fougueuses, comme imprégnées de leur propre vécu, habitées par leur silence et leur bouillonnement. Par leur force interne du mouvement.

Vincenzo Barone

Coquilles

Des hommes et des femmes désaturés par l’avancée de l’existence et la régression de la volonté qui les transforme en coquilles.
Courbé, flottant, immobile, aspirant à un temps qui ne passe pas, entrecoupé de néant, d’ennui.
Une menace pour l’observateur, bien que tout cela soit au grand jour.
Où ne sont-ils que des ombres et peut-être devrions-nous nous prendre moins au sérieux ?

Ce projet entend explorer visuellement et esthétiquement l’aliénation à laquelle nous sommes tous soumis au quotidien. Un processus qui transforme lentement et inexorablement notre corps en une coquille vide. Une enveloppe qui avance par inertie, qui a souvent oublié sa raison d’être, quoique plongée dans un contexte urbain qui devrait faciliter les contacts. L’absence de traits distinctifs, la transformation en ombre, en silhouette, avec des parties du corps obscurcies par des ombres contribuent à accroître ce sentiment d’aliénation et de perte d’identité.

Leila Bakouche

Raw

Raw représente le mariage entre deux textures uniques, à la fois raffinées et brutes. Une première de nature urbaine et la deuxième de nature humaine.
Un projet artistique et documentaire qui met les jeunesses face aux murs. Une démarche artistique esthétique, engagée et documentaliste. Les photographies illustrent en arrière-plan les textures urbaines de l’Algérie qui s’assemblent et qui ne se ressemblent pas. Lui faisant face une jeunesse algérienne, une sélection de personnages non-alignés et différents de par leurs croyances et cultures.
Le projet photographique puise ses sources de recherches documentaires, contrastant les espoirs des Algériens ainsi que leurs états d’âme face aux murs des villes et de ses nombreuses architectures.

Frustrations, tabous et barrières sont le quotidien de la jeunesse algérienne. Les murs de la ville restent la seule échappatoire et l’éternelle impasse. Donner son dos ou être face au mur demeure le dilemme de la société algérienne. Les angles de traitement de ce thème sont : engagé, social et sémiotique.

 

En vadrouillent dans la ville, je rencontre et m’inspire de différents espoirs des Algériens et des différentes textures des murs, tous en détresse. Oubliés, malmenés, déchirés ou même brisés. Je rassemble les deux pour constituer une série photographique documentaire inscrite dans un courant de l’art social. Une série qui réfère à une défaillance du système global de la société moderne algérienne et qui reprend un questionnement sur un avenir incertain et d’une vision obscure et sans issue en Algérie. Créant à travers plusieurs portails une relation entre la texture humaine et urbaine. Le projet aborde le sujet de l’individu essayant de réaliser ses rêves au milieu d’une ville entourée de murs barricadés empêchant les rêves de se réaliser.
Me considérant moi-même pris dans cet engrenage en tant que jeune photographe vivant entre ces murs. Je me sens aller droit vers le mur.

Bertrand Ricciuti

Ecrins

La série photographique « écrins » révèle des diapositives familiales des années 80, altérées par les affres du temps. Des images instantanées lentement effacées par les mousses. Les abcès des années qui passent et recouvrent la mémoire.

En numérisant les souvenirs de voyages familiaux de jeunesse, j’ai découvert des diapositives abîmées par 30 années d’humidité dans la cave paternelle. Ma curiosité m’a poussé à les scanner et j’ai ainsi découvert l’œuvre et la magie du temps. Ces mousses et champignons grignotant doucement la pellicule étaient en fait des brûlures glacées prenant place intégrante dans l’image. La vision photographique de mon père était restée entre les mains des effets du temps, et je ne pouvais qu’en être le révélateur. J’ai ainsi décidé de présenter cette découverte en effectuant aucunes retouches numériques de couleurs ou textures. Seul le temps à maîtriser ces matières froides.

 

Lauriane Bieber #1

L’enfance est un tombeau scellé

L’enfance nous dote de cette candeur qui nous pousse à oser sans réfléchir, sans peur, innocence que l’âge et les responsabilités s’affaireront plus tard à déliter.
Immortalisant ce type d’instants, si éphémères soient-ils, cette série, constituée uniquement de clichés noir et blanc non posés, a vocation à exposer cette pureté et ce goût de l’aventure avant leur extinction. 

Lauriane Bieber #2

Ghosts

Ce projet est l’aboutissement du défi personnel suivant : ai-je, grâce à la photographie, la possibilité de défier les cauchemars qui hantent mes nuits ?
S’ensuivit une longue réflexion oscillant entre les notions d’apparition et de disparition, d’horreur et de mystère.
Les fantômes sont-ils parmi nous ? Qui sont-ils ? Apparaissent-ils ou disparaissent-ils ?

Et que se passerait-il si ce que nous avions de plus rassurant dans notre quotidien se mettait, comme eux, à s’évaporer petit à petit ?
Être, devenir, errer ou s’évanouir à jamais.

Cette série est une ode à cette ligne instable entre deux mondes. Induit par le cloisonnement et la disparition de la liberté de déplacement exigés par le confinement, cet ensemble de photographies a été conçu pendant le premier et le second confinement dans le bâtiment où je vis. Ces réalisations sont le résultat de superposition de plusieurs clichés associés à un travail de post-production tout en ayant la volonté de rester au plus proche de la réalité.

Maéva Sourice

Corps & Âme

La série Corps & Âme est le résultat d’un travail de recherche sur le domaine de l’intime. En effet, l’intime représente ce qu’il y a au plus profond de nous, ce qui reste caché des autres sous les apparences, le plus souvent par pudeur. C’est un sujet complexe et pourtant qui fait partie de notre quotidien à tous.

 

J’ai décidé de symboliser l’intime par les cicatrices, que j’aime appeler « les marques de la vie ». Elles sont souvent jugées disgracieuses et de ce fait nous les cachons. Cependant, je n’ai pas photographié des « défauts » mais des histoires. Chaque cicatrice représente la trace d’un souvenir plus ou moins douloureux qui rend ces personnes uniques. C’est justement cette notion de souvenirs que j’ai souhaité mettre en image pour former un diptyque. Chaque personne photographiée a choisi un cliché la représentant enfant afin de mettre en lumière son passé. Selon moi, le passé d’une personne est ce qu’il y a de plus intime et de plus secret, les cicatrices en sont les marques, les fragments de leur histoire. Dans cette série, comme dans la vie, chaque personne tient dans ses mains ses souvenirs, certains qu’elle laisse partir et d’autres qu’elle garde en elle.

 

Cette symbolique de tenir son histoire entre ses mains m’a amené à faire le choix esthétique de ce cadre blanc. Il permet de mettre en valeur les cicatrices qui sont, au contraire, couramment cachées ou dissimulées. De plus, il fait référence à un cadre traditionnel dans lequel on vient afficher une photographie, un moment capturé à un instant précis comme une manière d’arrêter le temps.  À travers cette série je souhaite arrêter le temps, entre le passé et le présent, pour mettre en lumière ces hommes et ces femmes qui m’ont fait confiance. Pour ce projet, ils se sont dévoilés, confiés et mis à nu afin de faire passer un message. Ce message c’est le leur, c’est le mien mais c’est aussi le vôtre. 

 

Tout cela m’a amené à appeler cette série « Corps & Âme ». Cette expression signifie le fait d’investir toute son énergie, physique et morale. N’est-ce pas ce que chacun s’efforce à faire dans sa vie ? Ce nom, composé de deux mots directement liés, fait également référence à la présentation du projet en diptyque. Le « Corps » représenté par les cicatrices et l’ « Âme » par les souvenirs. Chaque corps est façonné par son histoire, il en garde les traces et c’est ce qui le rend beau, unique et important. Chaque corps mérite d’être mis en valeurs, car ce corps c’est le vôtre depuis votre enfance et il garde en lui vos souvenirs. Tant qu’il y aura de la vie, il y aura des corps marqués et des souvenirs à photographier. Chaque histoire mérite d’être racontée et il y a autant d’histoire que de personnes sur cette terre. 

Bien plus qu’une simple série de photographies, ce projet démontre une nouvelle fois le lien qu’il peut y avoir entre cet art et la psychologie. En effet, mettre en valeur leurs cicatrices, qu’ils décrivaient comme des défauts, leur ont permis de les accepter et d’y voir une réelle force. Accepter son corps et son histoire est probablement le plus beau résultat que je pouvais espérer pour cette série.

« Si le corps pouvait raconter des histoires, les cicatrices en seraient sûrement les mots » Hélène Gugenheim.

Nathalie Guironnet #1

Le petit train bleu

À l’entendre ainsi, le Petit train bleu pourrait évoquer la romance, ou la poésie.

Sous ce joli nom, le Petit train bleu cache une réalité plus concrète, celle d’un train de banlieue, qui chaque jour « vomit » son lot de banlieusards. De Rufisque à Dakar, il dessert plusieurs gares pour amener des centaines de travailleurs, terminus à la station de Cyrnos au Plateau, aménagée à quelques centaines de mètres de cette ancienne Gare dakaroise aujourd’hui fermée pour rénovation mais que l’on peut admirer de l’extérieur.

 

Au fur et à mesure, jusqu’à arriver à Dakar, il va se remplir d’une clientèle très hétéroclite : jeunes femmes avec enfants, jeunes hommes à mallette, commerçants avec leurs marchandises, etc… Et rester silencieux. Le matin, la réalité parisienne se transpose ici aussi. Visages fermés, endormis, on n’entend que les mouvements saccadés du train jusqu’à Dakar. Ici, une vieille femme déchire des sparadraps en dentelle, qu’en fera t-elle ? Si on prend la peine d’observer chaque personne du train on peut imaginer plein d’histoires. D’histoires dakaroises. La vie du train est rythmée par ses arrêts, ses voyageurs, les odeurs ; sur le trajet, des gens qui marchent, des récupérateurs, des garages, des parcs à chevaux, un cimetière de voitures. Rien de monotone, au contraire, observer de plus haut et plus lentement cette route qu’on ne prend plus depuis que l’autoroute nous le permet, c’est finalement tout un périple qui permet de découvrir Dakar autrement.

Mais l’après-midi, une tout autre réalité nous attend. Et il y en a du monde qui l’attend à Cyrnos à partir de 16h. Certes, il y a du monde, alors on imagine bien la difficulté que cela va être pour trouver une place. Ne serait-ce que pour rentrer dans le train déjà. Et là, la réalité nous a rattrapés ! Étroitement serrés contre une paroi, collés les uns aux autres, à regarder les chaussures au plus bas (assis), ou les visages au plus haut (debout), un brouhaha envahit le wagon. Certains ronflent mais d’autres discutent. À chaque arrêt, un mouvement de foule se met en place pour permettre à ceux qui le veulent de descendre et à ceux qui montent de s’installer. Le train se désemplit petit à petit jusqu’à Rufisque, puis repart presque vide pour Dakar ; un enfant s’installe confortablement, les yeux mi-clos, une jeune dame s’allonge un peu, une autre se laisse tranquillement bercer. Toute cette vie, toute cette activité, vont progressivement s’éteindre, pour reprendre le lendemain.

 

Ce petit train bleu m’évoque finalement un voyage authentique, une journée en immersion dans l’agglomération dakaroise des Sénégalais, celle qu’on ne fréquente guère quand on est expatrié, et qu’on aurait pourtant besoin de rencontrer pour se rappeler que nous sommes étrangers tant la ville s’est internationalisée. Pour nous conter une autre histoire, celle de ces ouvriers, employés de bureaux, marchands, qui tous les jours viennent travailler en train.

Nathalie Guironnet #2

Le Caire, la nuit au grand jour

« Il existe autant de façons d’entrer dans la nuit qu’il existe de nuits et de sensibilités différentes ».

 

Quand j’ai commencé cette série sur la nuit au Caire (où je réside), j’avais besoin de me retrouver seule avec moi-même, hors-cadre, loin de mon environnement quotidien et de sa charge mentale. Une échappée belle qui se caractérisait par une quête de solitude. La marche à pied s’est imposée.

Que se passe-t-il au Caire, la nuit ? Pourquoi travailler sur la nuit ? Parce que « la nuit déplace les frontières physiques, gomme l’horizon, suspend le temps » (Espinasse et Buhagiar, psychosociologues, 2020). Parce que la nuit, tout semble très différent, même si on sait que tout est identique : la nuit, c’est « l’autre côté de la ville » (Luc Gwiazdzinski, géographe, 2005), son verso.

Chaque quartier ne vit pas la nuit de la même manière. Quand un quartier se vide ou s’éteint, un autre s’anime. Quelle que soit l’heure, on rencontre toujours une famille qui se promène, il y a souvent une fenêtre allumée dans la nuit, on n’est rarement seul….peu importe où mes pieds m’ont menée, les nuits n’ont jamais été identiques. 

 

La nuit, chacun voit la réalité de manière déformée, mais unique, à travers le prisme de sa propre identité. Il existe autant d’interprétations de la nuit qu’il y a d’humains sur la terre ! Et si l’obscurité modèle, estompe, nuance, elle différencie et divise aussi la ville en plusieurs espaces (de nuit, de travail ou de plaisir). Comme l’écrivait le géographe Luc Bureau en 1997, « à partir d’un certain seuil d’obscurité s’opère une métamorphose de la ville ». La nuit, les autres sens prennent le relais, on se retrouve au centre de l’histoire, on s’écoute, on se découvre. On se retrouve face à soi. La nuit ne m’a jamais effrayée, elle est chez moi plutôt propice au repos, à la méditation, à la réflexion, à la contemplation. J’aurais pu juste marcher encore et encore, et vider ainsi le trop-plein d’émotions qui me submergeaient. Au lieu de ça, j’ai pris mon appareil photo pour aller à la rencontre de ce monde intermédiaire qui m’attirait, de cet espace-temps particulier qui s’anime à la tombée du jour alors que la plupart rentrent après une journée de travail.

 

De fait, photographier la nuit en noir et blanc, est un parti pris très personnel. Néanmoins, la ville apparaît dans sa dimension plus intime, plus graphique, plus poétique. Le clair-obscur raconte d’autres histoires, selon que l’on décide d’appuyer sur l’obscurité ou au contraire d’éclairer certaines ombres… La série qui découle de ces soirées blanches propose donc à chacun de construire sa propre narration, d’imaginer l’histoire derrière la photographie, de donner libre court à son imagination et de rendre, peut-être, sa part de rêve et de mystère à la nuit. Car la ville se fait plus mystérieuse et féérique, la nuit déposant comme une cape d’invisibilité sur elle, masquant ainsi la misère et le superflu, ne laissant voir que l’essentiel à travers sa mise en lumière par l’éclairage public (lieux de mémoire et espaces communs – rues, quartiers) et privé. Cet éclairage urbain qui permet de multiples relectures de la ville.

D’une invitation au voyage et au rêve, la nuit urbaine a depuis longtemps dépassé le registre de l’imaginaire onirique. Colonisée par les activités diurnes, surexposée à un éclairage parfois trop puissant, la nuit urbaine devient progressivement un enjeu de taille. Territoire d’expérimentation et d’innovation, elle invite à réfléchir sur les questions de liberté, d’insécurité, de transgression et d’identification.

Romain Gamba

Calima

Ce qui m’intéresse lorsque je fais des images, c’est de les laisser venir sans les chercher, faire confiance à l’errance et l’inattendu pour construire des rencontres, et un récit qui apparaîtra
de lui-même. Mon travail photographique est influencé par mon travail de vidéaste et chaque image pourrait être la capture d’écran d’un film ou d’un court métrage.

Cette série de photos s’intitule « Calima ».
La calima désigne aux îles Canaries un vent d’Est chaud et violent chargé de sable et de poussière provenant du Sahara. Ce vent créé des couleurs particulières et une ambiance surnaturelle.
« Calima » est un voyage sur une étrange planète où différents personnages et lieux se côtoient et créent une histoire que les uns et les autres s’approprieront, en se racontant le film qui leur plaira.

Héloïse Berns

Blue(s)

Les photographies de l’artiste Héloïse Berns offrent aux regards qui se posent sur elles des sensations uniques pour chacun et intimes pour tous. L’œuvre de cette hypersensible est un traitement du réel. Héloïse transpose ses tristesses et sa mélancolie dans ses images. Ces mal-être occasionnels lui permettent de capturer des instants de beauté crue qui éveillent en nous des souvenirs, des projections, des évasions …
L’imaginaire est souvent convoqué lorsqu’on observe son travail. Ce qui est donné à voir est bel et bien présent, fixé, mais, et c’est là un grand talent, une place de choix est laissé à la subjectivité du spectateur, à sa rêverie également. Ce qui rend son regard si puissant est sa capacité à rendre visible l’invisible, à rendre palpable l’intouchable… ainsi s’envole le pollen d’un pisse-en-lit pour devenir des éclats d’or, ainsi le caractère fugace de la vie même devient poésie absolue, immuable.
Se dégage également un aspect mystérieux, secret de ce qui nous est donné à voir. Un simple regard ne suffit pas à qui souhaite une lecture sensible de ses images. En contemplant les photographies de cette artiste qui, passionnée, se consacre tardivement à son art, on entend, on sent, une poétique bien singulière, une musique tantôt mélancolique, tantôt douce mais toujours mélodieuse.

Loïc Leclercq

Glück auf !

Afin de répondre au thème de la matière première, j’ai souhaité travailler autour du charbon, et plus précisément autour des restes de son exploitation en France. le choix de ce sujet se noue directement avec mes origines, étant issu d’une famille de mineurs du nord de la France. le titre « glück auf ! » est une expression employée par les mineurs avant de descendre au fond du puit, en guise d’encouragement, de chance, et de survie. Ne sachant pas expliquer pourquoi le passé industriel de ma région natale, encore aujourd’hui, marque tant ses habitants ; j’ai décidé de me poser une problématique et d’y répondre.

Quels sont les éléments faisant persister l’industrie houillère dans les mémoires ?

 

Cette série est un documentaire, elle traite des traces de l’exploitation houillère au cœur de deux anciens bassins miniers français : du Nord-Pas-De-Calais, et de Moselle. j’ai désiré ne pas travailler exclusivement dans ma région natale pour en découvrir une autre, l’exotisme que pourrait m’apporter l’inconnu m’a permis de gagner en objectivité, et d’enrichir ma réponse à la problématique. La réalisation de ces images fut agréable, fluide, et enrichissante. J’ai aimé travailler avec l’émulsion fomapanioo, le contraste brut des images est sensiblement proche de ce que j’en attendais. Cependant je regrette de ne pas avoir réalisé plus de tests au préalable avec ce film, afin d’apprendre à mieux le connaître. La crise liée au COVID-19 a en effet stoppé mes différents déplacements et la possibilité pour moi d’exposer des films supplémentaires au sein du bassin mosellan. Finalement, l’ensemble des images déjà à ma disposition m’a permis de composer la série telle qu’elle est aujourd’hui, seule la parité voulue entre les deux régions n’a pas pu être respectée. Ma ligne directrice pour enrichir ma série serait l’exploration d’autres bassins miniers en France, et pourquoi pas en Belgique.

Frédéric Rybinski

Regards

L’intitulé de ce projet est Regards, pourquoi ?
Simplement car c’est l’objet de ma passion.
Le regard à travers l’objectif, le regard que je porte à « mes » sujets. Eux-mêmes portant le leur sur le monde, et qui par ces regards, vivent et ressentent.
La définition même du regard étant l’expression des yeux de la personne, j’ai voulu, à travers cette série, montrer une partie de l’étendue des sentiments que l’on rencontre dans les yeux d’un autre :
l’indifférence, l’admiration, l’attention, la distraction, la rêverie, la perdition, la tristesse, la terreur, la liberté, la joie, le mépris, la douleur…
Tout ce qui nous lie et nous divise.

Véronique L’hoste #1

Translations

Un lieu. Anodin, œuvre de la main de l’homme. Où sommes-nous ? Dans un espace périurbain indéfinissable : une zone commerciale, industrielle, des bureaux ? Peu importe.
C’est un monde sans âme, où il ne fait bon ni vivre ni travailler. On voudrait n’y être que de passage ou s’en échapper au plus vite. Ici, la nature n’impose que rarement sa présence, un bout de ciel souvent nuageux, un carré d’herbe domestiqué, quelques arbres au loin, comme autant de vestiges d’une ère en perdition. Les hommes et les femmes qui habitent aléatoirement ce lieu y font figure d’intrus. Tels des corps dénués d’esprit, figés et les bras ballants, ils semblent avoir atterri là par erreur, comme s’ils avaient été télétransportés.

Dans certaines images, des interférences perturbent notre vision, introduisant le doute. Fruits de diverses manipulations – surimpressions, photomontages, glitches… –, elles agissent comme des parasites. Une nouvelle fois, on s’interroge : où sommes-nous ? Un autre monde se dessine, ni tout à fait le même ni tout à fait autre. La frontière entre ces deux univers est ténue. Peuvent-ils communiquer ; est-il possible de passer de l’un à l’autre ?

 

En limitant les indices spatiaux-temporels, Véronique L’hoste brouille nos repères pour mieux nous ouvrir les portes d’un ailleurs qui n’apparaît pourtant ni idéal ni parfait. À l’heure de la réalité augmentée et de l’intelligence artificielle, tout est possible : la fiction transcende le réel et le faux devient vraisemblable. Prenant acte que les nouvelles technologies ont altéré notre expérience du réel et notre matérialité physique, Véronique L’hoste s’interroge : comment habiter le monde ? La série intitulée Translations ouvre des failles dans lesquelles notre imagination s’engouffre proposant une alternative à la réalité. Au spectateur de se laisser guider et d’accepter de vivre une expérience.

À ce jour, Véronique L’hoste conçoit la restitution de ce travail sous la forme d’une exposition-installation mêlant projections et tirages dans laquelle un parcours serait imposé au visiteur. À la fois spectateur et acteur, celui-ci pourrait interagir sur l’œuvre grâce à la mise en place de différents dispositifs.

Véronique L’hoste #2

Être au monde

« Il ne faut pas dire que notre corps est dans l’espace, mais qu’il habite l’espace » Merleau-Ponty.

 

Tu deviens grosse, tu enfles plus ou moins de partout. Tu te sens lourde, souvent très fatiguée, lente, ultra-sensible et moche.

Je ne voulais pas avoir de gros ventre. Pas le temps de me morfondre, la douleur me tenaille le thorax. Mon corps est une enveloppe qui ne m’appartient plus. Il est comme habité par une créature qui bientôt viendra au monde. Cinq mois plus tard, bébé Aloïs se retourne pour la première fois, après de multiples tentatives les jours précédents. J’aurais aimé voir ce mouvement de bascule. J’ai vu l’avant et l’après.

Depuis, je cherche à capter ces instants où il entre en interaction avec son environnement. « Être au monde » chapitre 1 porte sur l’arrivée au monde de bébé puis sur la relation mère-enfant. Au cours de ma grossesse, je suis seule, confinée, je réalise quelques autoportraits et photographie des natures mortes. Ces images vont se nourrir les unes les autres de manière symbolique. Aliments et objets sont mis en scène ; Asperges et oranges nous font face en équilibre. Le corps est également traité de la même manière. Chaque élément est isolé.

 

Ces photographies sont ensuite mises en relation avec des captures d’écran du film « Sunshine » de Danny Boyle. Film de science-fiction qui nous montre l’espace et comment la beauté et la puissance d’une étoile le soleil peut bouleverser si profondément un être humain. L’intégration d’images écran matérialise l’idée de passage d’un état à un autre.

« Être au monde » traite des expériences sensorielles vécues par le bébé et son évolution.

Comment va-t-il progressivement se différencier, exister en tant qu’entité propre, non confondue avec celle de sa mère ? Comment va-t-il vivre l’espace, se l’approprier ?

Marion Romagnan #1

Dérives

J’ai toujours voulu être ailleurs. Où que je sois, être ailleurs. J’ai construit mon identité autour de cette possibilité : fuir. La photographie est venue s’immiscer petit à petit dans ces fugues solitaires.

Je me suis rendu compte il y a quelques années que ce qui m’importait n’était pas tant le lieu de ma fuite que le moyen d’y parvenir. Il fallait que ce soit lent et compliqué. Je devais mériter ce qui m’attendait. Éprouver le temps, les distances. Prendre trois trains, un bateau et deux bus là où il aurait fallu seulement trois heures en avion.

J’ai alors ressenti le besoin d’avoir un compagnon de route – ou peut-être un prétexte – qui m’aiderait à cartographier ces dérives. Il n’y avait plus de destination particulière à atteindre, plus d’attente. Il s’agissait simplement de voir.

 

Marion Romagnan #2

Les gens de la mer

Mon horizon a toujours été bouché.

J’ai grandi dans un village des Pyrénées enclavé dans une vallée, encerclé par les montagnes. Une beauté oppressante que je rêvais de traverser. Pour voir derrière. Il n’y a que l’été, lors des grandes vacances que mes parents m’emmenaient au-delà. Au bord, tout au bord de la mer. J’étais alors légère, exaltée, grisée. A la fin de l’été, il ne me restait plus que des photos-souvenir.

Adulte, je suis devenue urbaine. Les immeubles frôlant le ciel ont remplacé les montagnes. Une autre forme de beauté oppressante. Et de nouveau, ce désir d’aller voir la mer pour voir l’horizon, pour passer d’une forme de vague à l’âme à une douce euphorie.
Au-delà de l’horizon, avec la pratique de la photographie, mon regard s’est attardé sur ces corps mis à nu par le soleil d’été, libérés de toute timidité, exposés, halés, bronzés : ceux qui face à l’aura si particulière de la mer se transforment, deviennent autres et ôtent l’habit du quotidien pour revêtir l’habit de la mer.

Marie-Aline Vernier

Rêves de Forêt

Photographe amateur, je capte les images d’une nature qui m’inspire à la fois force et fragilité. La photographie et la musique sont pour moi des refuges où je retrouve sérénité et énergie, hors du temps.

Cette série me permettrait de rencontrer un public varié : des personnes habituées au contact avec la nature qui trouveront un écho dans mes photographies et aussi d’autres à qui j’espère peut-être donner envie d’ouvrir leur regard à la beauté naturelle si proche de nous.

 

Romain Coty

L’addiction au smartphone

L’addiction au smartphone est une thématique extrêmement riche à plusieurs points de vue. D’abord, c’est une problématique contemporaine encore sous-évaluée, mais qui tend à émerger grâce à une prise de conscience de la part des grandes entreprises numériques. Il en va naturellement de même que l’Homme finirait par s’apercevoir de l’absurdité de sa consommation d’écran, le jour où la durée moyenne d’utilisation aura atteint sa limite. Avant d’aller plus loin, je tiens à souligner que mon discours ne reflète pas la pensée d’un technophobe, mais plutôt d’un techno-critique. Il est important de bien dissocier les deux car même si je n’aborderai pas, ou très peu, les nombreuses révolutions que les smartphones ont apporté à nos sociétés, je suis tout à fait conscient et d’accord pour dire qu’ils ont plus que leur place aujourd’hui auprès des hommes.

 

Au-delà de l’aspect absurde, que je tenterai de représenter à travers des portraits, l’hyper-individualisme et l’accélération sociale s’ancrent de plus en plus dans l’évolution de notre société. En outre, le monde virtuel s’empare du temps devenu si précieux aujourd’hui, et bientôt plus personne ne sera épargné par cet outil rendu indispensable qu’est le téléphone portable. En effet, même si quelques irréductibles parviennent à vivre encore sans ces technologies, les sociétés modernes semblent favorables à généraliser l’exploitation du smartphone pour les taches du quotidien. En montrant un panel de gens addicts, je souhaite ainsi mettre en lumière la globalisation du problème actuel.

Charly Alfred

Réalité

La série « Réalité » tend à questionner notre rapport au réel. Le photographe porte son regard sur des formes et des couleurs qui semblent appartenir à l’imaginaire, naviguant à la frontière de sa propre réalité. Ses sujets et objets photographiques bruts et sans mise en scène sont bien ancrés dans une existence concrète, et nous invitent malgré tout à accepter le mouvement onirique de notre sensibilité, s’éveiller à la magie du réel.

Yaiza Davilla Gomez

Pull me closer

Two cultures, two bodies and the skin as universal language.
When photographing this serie I wanted to transmit the necessity of closeness.
The tenderness, vulnerability and trust, between the couple make the viewer assist to an intimate story about understanding and love.

Alice Petit

Transe(s)

Ce projet a pour but de mettre en image l’abandon de soi et le lâcher-prise dans la danse. C’est également une étude sur le mouvement en photographie et le corps en mouvement : Bouger dans l’image ou faire bouger l’image, comment représenter le mouvement à travers une série photographique ? Avec Transe(s), les mouvements qui m’intéressaient étaient ceux des corps, des corps qui dansent, des corps en transe. Transe(s) est une étude, mélange entre science et mysticisme, sur les mouvements corporels et spirituels.

 

La série de portraits en noir et blanc s’accompagne de prises de vue réalisées à la caméra thermique. Le jaune correspondant aux parties les plus chaudes et le violet les plus froides. À la fin de la séance, les danseurs ne deviennent alors plus qu’une boule d’énergie et de chaleur, on distingue seulement une silhouette aux contours flous, comme un spectre. C’est une interprétation visuelle de l’aura, émanation colorée qui flotte autour du corps. C’est comme si au fur et à mesure on rendait visible cet esprit, cette force mystique qui habite les danseurs.

Sabrina Karp

Météor

Les photographies présentées dans cette exposition offrent une visibilité bienveillante à ce qui est habituellement destiné à être maintenu dans l’obscurité. Un tout y est contenu. Un tout est un monde autonome. Une image est surtout la représentation d’une certaine réalité.
Le cinéaste André S. Labarthe a écrit un jour que « le réel n’est pas à l’origine du documentaire, il en est la récompense » .
Sabrina Karp pose donc son regard sur un monde à la lisière, à la limite de l’ordinaire, du banal et du quotidien, en attendant que ce réel même se révèle. Il faut du temps pour l’apercevoir – le temps du regard – car il se situe toujours dans les interstices, une marginalité dirait-on. Parfois, le réel en émerge, parfois il s’y dissimule. Des figures aspirées par les profondeurs de ce monde particulier y survivent : des personnages sans ombre, accidentés, naufragés, juste en survie parce que la vie, elle-même est trop ennuyeuse. La photographe les capte avant disparition. Ce sont déjà des souvenirs, des vestiges d’un
espace et d’un temps disparus. Ce sont des spectres qui s’évanouiront dans l’esprit des visiteurs.

Maximilien Bony

Myrmidon

« Lorsqu’une personne est qualifiée de myrmidon, cela signifie que malgré une petite taille et un comportement inintéressant, elle a une attitude pleine d’ostentation pour se mettre en avant, tout en étant grotesque. Exemple : Regarde-moi ce myrmidon qui braille pour se faire remarquer. »
« Littér. Personne de petite taille, insignifiante et sans valeur, voire prétentieuse, ridicule, et qui veut paraître supérieure. Synonyme : avorton, nain, petit. Antonyme : colosse, géant, hercule. »

 

Myrmidon est une série d’images créées à partir de photographies argentiques personnelles, prises entre 2019 et 2020, aussi bien dans les musées qu’à l’extérieur, à Metz, Athènes et ailleurs, dans une errance photographique habituelle.
Les négatifs ont été développés maison puis scannés pour être remaniés sur logiciel. Les nouvelles images sont ensuite imprimées en grande quantité (plusieurs versions d’une même image, qualité moindre), puis découpées, déchirées, réassemblées, collées, puis à nouveau scannées sur du matériel amateur.
En découle une forme de mémoire visuelle tout à fait personnelle, introspective, où la réalité (sur)(ré)interprétée, les vieux mythes collectifs détruits & réadaptés viennent poser les fondements d’une brutale individuation, permettant ainsi la naissance d’une légende personnelle aussi égocentrée/narcissique/fantasmée que nécessaire à la survie d’une nouvelle fourmi ouvrière appelée « homme postmoderne ».
Myrmidon ne contient aucune vérité. C’est une simple « Illiade personnalisée ».

Marko Brajovic #1

Pérégrinations

La série Pérégrinations est un ensemble d’œuvres réuni autour du thème du voyage conçu comme quête. C’est une quête qui ne connaît vraiment ni la destination ultime ni même son objet échappant par essence à toute saisie. À la fois l’Odyssée et le départ toujours renouvelé vers l’inconnu. Il nous faut aller dans le désert, comme jadis les ermites, pour y chercher, dans le silence, la solitude et le retour aux choses elles-mêmes, ce qui se dérobe toujours. Et c’est un voyage plein de risques. Dont celui de ne jamais trouver ce que nous étions partis chercher. Et d’accepter de seulement témoigner de cette quête, de faire témoigner le monde de son mystère, de celui des personnages énigmatiques qui peuplent sa scène et s’y meuvent. La photographie ne veut donc pas se contenter de saisir le motif pour en faire une belle image. Cela, elle le fait trop souvent. Elle ambitionnera plutôt de capter l’instant où le motif devient prégnant d’un sens qui le transcende. L’image n’est plus seulement un témoignage documentaire, mais elle est peut-être déjà dévoilement.

Marko Brajovic #2

Sonate d'automne

La série Sonate d’automne reprend le titre d’un film de Bergmann. Au départ, la série n’était pas conçue comme un hommage au chef-d’oeuvre du grand réalisateur suédois, bien que des thèmes peuvent se recouper. L’automne est la saison des premiers brouillards qui non seulement évacuent tout le superflus des motifs photographiques, mais en voilant les scènes dont les forêts sont les théâtres font naître en nous le désir de découvrir ce qui se trouve là-bas, derrière ces couches successives de blancheur. Les silhouettes des arbres qui s’y profilent semblent nous héler silencieusement, nous inviter à pénétrer dans ce monde où il n’y a plus de limite nette entre le connu et l’inconnu, entre le réel et le surréel, entre le possible et l’impossible.

Pauline Gauer

Calais, terre de passage ou terre d'exil ?

À Calais, en France, des milliers d’exilés tentent de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, terre d’asile. Après un voyage de plusieurs mois jusqu’à la frontière franco-britannique, ce n’est qu’une quarantaine de kilomètres qui les sépare de ce paradis inaccessible. Une attente entraînant chez les gens une détresse psychologique immense. Dans les multiples jungles de Calais et aux alentours, tentent de survivre des familles et hommes seuls d’origine notamment soudanaise, éthiopienne, érythréenne et afghane. Les associations présentes sur les lieux s’organisent pour répondre aux besoins essentiels de ces populations. Pour autant, les forces de l’ordre sont très présentes dans les lieux de vie, afin de limiter les traversées par bateau et camion. Toutes les 48 heures, la police expulse les exilés des jungles.
Parfois sans prévenir, ils envahissent les lieux de vie avec de nombreux camions de CRS. Ils évacuent la zone, confisquant couvertures et affaires personnelles et perquisitionnant les tentes, sous -5°C en hiver.

Cathy Bourgogne

Espièglerie

« Espièglerie » est une série de style humaniste inspirée des images de Robert Doisneau, Vivian Maier, Sabine Weiss… Capter des expressions, des sourires, de l’émerveillement et de la joie dans les plaisirs simples et intemporels des jeux d’enfants…
« Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin, je coulais ma douce existence, Sans songer au lendemain…  »
Extrait du poème L’enfance de Gérard de Nerval

Julian Benini

RED

Chaude, vive, punchy, accrocheuse, forte, sexuelle, contrastée, profonde, voyante, féminine, j’ai longtemps cherché pourquoi la couleur Rouge m’obsède souvent en photographie…
Sans vraiment trouver une réponse valable à cette question, j’ai remarqué très vite que son utilisation dans mes photographies revient sans cesse.

Oscar Chuberre

In nature she goes

Cette série sur plusieurs années explore le lien entre Féminité et Nature. Chaque être humain est naturellement relié à son environnement, et certaines personnes, souvent des femmes, développent une connexion plus forte et plus intime avec les forces de la nature. Qu’elles soient chamanes ou épicuriennes, militantes écologistes ou tout simplement sensibles, ce sont elles qui parfois, nous éveillent au Vivant. À travers 10 tableaux, ces femmes nous emmènent sur Terre, sur mer, et même sous l’eau. Ces femmes nous montrent un chemin et se jouent des codes. Codes vestimentaires d’abord, laissant souvent leur peau nue au contact des éléments. Codes culturels ensuite, imaginant par exemple une réconciliation entre le petit chaperon rouge et le loup, conte qui en dit beaucoup sur nos a priori à propos du sauvage… À la croisé des mondes imagés et imaginés, c’est aussi la fable bien réelle des changements climatiques qui transparaît, entre rêves, cauchemars, et réalités. J’ai souhaité réaliser aujourd’hui une approche différente de mes photoreportages classiques, d’habitude assez  « documentalistes ». Ici, c’est par l’exploration de la sensualité féminine et environnementale, de la puissance des éléments et des corps, que je cherche la résonance entre les images. Ici, ce sont les sens qui parlent et la poésie qui nous enchante.

Plus qu’une série photographique, c’est avant tout un dialogue entre les êtres et la Terre.

 

In Nature she goes, to find herself and heal her soul
[C’est dans la nature, qu’elle se retrouve … et soigne son âme].

Johann Le Maillot

Façades

L’objectif de ce projet est la constitution d’une base de données, un inventaire photographique qui permettrait de garder en mémoire le territoire de l’unité urbaine de Paris.
Le but du projet est donc de couvrir méticuleusement ce territoire sous le prisme de l’habitat : un portrait de cette continuité urbaine de 411 photos pour 411 communes qui la composent : une photographie pour chaque commune.

Où vit-on ? Dans quoi vit-on ? L’idée est de faire une photographie de la normalité, de s’arrêter face à des paysages quotidiens, simples, banals, anonymes mais malgré tout ancrés dans « l’esthétique »
d’un territoire. Les photographies cherchent à mettre en évidence le paysage que fréquente l’habitant (ou le spectateur) de façon quotidienne sans qu’il ne l’interroge jamais. Le cadre de la photographie permet de s’arrêter précisément sur des tableaux quotidiens que le regard n’interroge plus et qui doit pourtant poser question, en soulignant des formes, des constructions visuelles qui
s’offrent au regard. L’idée est de photographier, d’interroger son paysage comme on photographierait ou interrogerait un paysage inconnu en voyage.