Top 10

Les dix séries présélectionnées, soumises au jury et au public.

Cloé Vié

Paris Fashion Week 2025

Au début de l’année scolaire, en septembre 2025, j’ai ressenti le besoin de bousculer mes habitudes photographiques. J’ai commencé à réfléchir à des manières d’expérimenter autrement la photographie de rue, que ce soit par l’usage de pellicules aux rendus atypiques, de filtres créatifs, ou encore à travers des sujets moins familiers. Parmi ces terrains d’expérimentation, l’idée de photographier la Fashion Week s’est imposée naturellement : un univers codé, structuré, souvent inaccessible, et pourtant ouvert à l’observation dans l’espace public et donc, paradoxalement proche de l’esprit de la rue. En octobre 2025, j’ai vécu ma première immersion dans ce monde particulier, lors de l’une des nombreuses Fashion Weeks parisiennes.


Pour l’occasion, j’ai suivi pendant quelques jours, ou plutôt quelques heures, plusieurs membres du collectif SIAW (Street Is A Woman).
Grâce au réseau social TikTok, les membres du collectif parvenaient à localiser les défilés et à partager les informations en temps réel via une conversation de groupe. N’ayant pas TikTok moi-même et n’ayant jamais photographié de Fashion Week auparavant, j’ai été frappée par la précision de cette organisation informelle.

C’était un mélange étonnant d’improvisation collective et de réactivité numérique : une chasse à l’événement, rendue possible par la vitesse de circulation de l’information sur les réseaux sociaux. J’ai découvert à quel point ces plateformes pouvaient être des outils stratégiques pour les photographes de rue contemporains, même dans des contextes apparemment élitistes comme celui de la mode.


Comme un challenge n’arrive jamais seul, j’ai choisi d’ajouter une contrainte artistique à cette première expérience : photographier exclusivement avec un prisme de la marque Walking Way, récemment acquis.
Cet accessoire, monté sur mon Ricoh GR III à l’aide d’une bague d’adaptation de 49 mm, déforme la réalité, diffracte la lumière et introduit une forme de déséquilibre visuel. Il crée, selon moi, une atmosphère mouvante et presque fantomatique, où les silhouettes semblent glisser entre réel et illusion.
En amont, je ne m’étais pas préparée.
Je voulais laisser la surprise guider mes pas et mes photographies. Je m’attendais à croiser et à photographier des célébrités, même si je ne suis pas vraiment familière des visages du milieu. Dans les faits, j’ai découvert un microcosme cohérent et répétitif, où l’on retrouve les mêmes visages d’un défilé à l’autre : invités, photographes, influenceurs, souvent reconnaissables à leurs attitudes ou à leurs accessoires. J’ai aussi remarqué des échos visuels d’un événement à l’autre : des codes vestimentaires récurrents, des mises en scène de soi, mais aussi de belles expressions d’individualité au détour d’un trottoir.


Cette première Fashion Week a été pour moi une expérience hybride, entre documentaire et expérimentation esthétique, entre observation sociologique et exploration sensorielle. Elle m’a poussée à questionner les frontières entre la rue et la scène, entre le spontané et le spectaculaire, et m’a donné envie de poursuivre ce travail sur la perception du réel à travers le filtre de la photographie.

Pauline Gauer

Sous le ciel, le silence

Sous le ciel, le silence / Irak, février 2025

Dans la province de Bassorah, au sud de l’Irak, le nombre de cas de cancers diagnostiqués entre 2009 et 2022 se compte en dizaines de milliers, notamment chez les enfants et les nouveaux nés. Les habitants de la région sont victimes des émissions nocives de dioxyde de carbone et de benzène générées par la combustion du méthane issu de l’industrie pétrolière internationale.

Selon les normes sanitaires, les raffineries de pétrole devraient se trouver à plus de 15 kilomètres des habitations. Pourtant, de nombreuses torchères utilisées pour brûler les rejets de gaz des gisements pétroliers sont installées à seulement quelques kilomètres des maisons. À Nahran Omar, une ville qui compte environ 2000 familles, le champ pétrolier de la Basra Oil Company, opérationnel depuis 2008, se trouve à moins de 200 mètres de certaines habitations. Dans cette ville, des centaines de personnes sont décédées d’un cancer ces dernières années. Pourtant, lorsque les habitants demandent des comptes au Ministère de la santé, ce dernier nie toute corrélation entre le taux de benzène dans l’air et l’eau et l’explosion des cas de cancer dans la région.

Marie Levillain

Les veines de la Terre

Mon exposition offre la possibilité d’explorer des paysages naturels uniquement visibles vus du ciel: les rivières tressées d’Islande et de Nouvelle-Zélande.

Ces deux îles, géologiquement très similaires malgré leur éloignement, partagent une caractéristique rare qu’on ne retrouve que dans certaines régions du monde: les rivières tressées. Ces formations se créent dans des zones montagneuses et glaciaires où l’eau, trop abondante pour un seul lit de rivière, va venir créer des îlots de sédiments grâce au débit et à la pression lors de la fonte des glaces, permettant ainsi à l’eau de se faufiler entre les îlots, créant des chenaux qui s’entrelacent sur des kilomètres. Ces rivières, aux sédiments variés et en constant mouvement, affichent des contrastes de couleurs saisissants comme le bleu, le jaune ou l’ocre. Toutes les couleurs sont 100% naturelles.

Ces rivières évoquent pour moi de véritables peintures vivantes, et mettent en lumière la complexité et la beauté de la nature et ses couleurs. La rareté de ces formations et leur exclusivité dans ces paysages les rend d’autant plus précieuses à mes yeux.

Leur accès est souvent compliqué, et chacun de ces clichés a nécessité des mois de recherches, une planification méticuleuse de mes vols en drone, ainsi qu’une bonne dose de patience et de technique photo une fois sur place. Mon exposition offre une expérience visuelle inhabituelle, qui laisse régulièrement perplexe les spectateurs qui regardent ces clichés.

Judith Lesur

Seul-e-s

Autodidacte, je pratique la photographie de manière intensive depuis plusieurs années. À la source, l’écriture, qui m’a amenée au théâtre, à la vidéo et à l’image fixe, pour explorer la matière sensible après un DEA de philosophie. À travers des résidences, des collaborations avec des auteurs ou des plasticiens, des expositions collectives en France et à l’étranger, je poursuis ma recherche esthétique : insuffler des états d’âme à des prises de vue du réel ou donner une approche documentaire à des images surréalistes.
Consolidation de mon expérience avec une formation courte à l’École Nationale Supérieure de Photographie d’Arles en octobre dernier.

 

“Seul-e-s” est une série d’inspiration baudelairienne qui invite à cheminer au rythme de mes déambulations quotidiennes dans un paysage rural où s’écrit visuellement un jeu de correspondances entre l’état intérieur de l’observateur et la nature.
De ce dialogue silencieux entre solitudes naît la mélancolie, mélange d’émerveillement face à ce qui résiste et d’angoisse face à sa destruction.

Alexandre Évrard

Déambulations architecturales nocturnes

Cette série est un travail sur un tour d’Europe de l’architecture moderne en Noir et Blanc. Il mêle de la photographie nocturne en pose longue (Valencia) et une approche fine art utilisant l’outil photoshop pour transformer des photos de jour en leur donnant une vision nocturne. L’idée est de se balader aux côtés de ces bâtiments modernes dans un soucis de mettre en avant un apaisement sonore donnant aux visiteurs une sensation de paix dans une zone urbaine. L’approche photoshop mêle gradients, courbes, faux ciels et nuages.

Sylvie Guillaume

Volare

VOLARE ( work in progress )

 

” Heureux de rester là-haut

Pendant que le monde

Disparaissait lentement,

J’ai commencé à voler

Plus haut que le soleil

Dans le ciel infini. “

 

VOLARE est une immersion au cœur de l’une des nombreuses fêtes votives de Palerme incarnant l’identité profonde de ses habitants. Le portrait sensible d’une communauté ancrée dans sa culture, portée par ses espérances.

 

Premier volet d’une série réalisée en Octobre 2025, dans le cadre d’un workshop Eyes In Progress mené par la photographe de renom Claudine Doury.

Sylvie Guillaume

Lude

Lude est une jeune femme de 24 ans vivant seule avec ses parents en plein cœur d’une île bretonne. Très tôt déscolarisée et profondément reliée à son environnement naturel, Lude ne ressent pas l’envie de se mêler aux affaires du monde et passe le plus clair de son temps à seconder ses parents dans la gestion de leur lieu de vie dédié au bien-être et au ressourcement. Pour affronter la société, elle puise son énergie dans les éléments qui l’entoure et dans les multiples passions qui l’animent.

Lena, Chloé, Rémi et Sibylle (Mastère DA - ESP)

…à la perle

L’objectif de cette série de cinq photographies est de représenter et de questionner cinq profils types de notre société actuelle, souvent perçus et jugés à travers des clichés et des préjugés. Nous avons souhaité mettre en lumière ces stéréotypes par le choix des vêtements, des accessoires et de l’apparence générale de chaque persona.

À travers cette série, cinq personnes ont été représentées : l’icône du luxe, la sportive, l’influenceuse, l’aventurière et la femme d’affaires. Ensemble, ces portraits interrogent sur notre rapport aux apparences invitant le spectateur à prendre du recul face aux jugements et aux préjugés.

Pour renforcer la comparaison entre ces différentes photos, nous avons fait le choix de photographier la même personne, avec la même posture et le même cadrage sur chaque image. Cela permet de se focaliser sur les codes visuels associés à chaque stéréotype.

La composition des images s’inspire du tableau La Jeune Fille à la perle de Johannes Vermeer. La figure féminine de Vermeer est assez sobre ce qui crée l’opposition avec les clichés actuels plus excessifs. Nous avons néanmoins conservé plusieurs éléments emblématiques du tableau original pour retrouver les codes visuels : la représentation féminine, sa posture, la lumière, le foulard autour de sa tête ainsi que la boucle d’oreille en perle.

Stéphane Allemand

Sur la route d' Essaouira

Cette série a été réalisée lors d’un court séjour à Essaouira en passant par Taghazout.

Les 3 premières photos ont été capturées à Taghazout dont 2 au célèbre skate-park situé sur le haut du village.
Le reste de la série est constituée ensuite de photos capturées à Essaouira.

Dans ma pratique de la photographie, j’essaie toujours de ne rien chercher, j’aime me laisser porter par mon intuition et mon œil lors de longues marches.
M’imprégner de l’atmosphère du lieu dans lequel je me trouve m’aide à créer mes images et me permet de transposer mes ressentis et mes émotions dans mes photos.

Ici au Maroc la lumière associée aux couleurs, et notamment au bleu, ont été de réels fils conducteurs à mes photos.

Thomas Gerber / Honorat Charles

Les passants immobiles

Il suffit de prononcer le mot « Japon » pour que des images de jardins zen, de temples et de portes Torii apparaissent de suite devant nos yeux. Puis très vite, viennent des images de mégalopoles hyper technologiques avec toutes sortes de machines high tech à chaque coin de rue… et pourtant, à chaque coin de rue, littéralement, ce sont des distributeurs de boissons en tous genres et des parcmètres qui sont légions. Sans aucune prétention technologique, elles fonctionnent encore quasi exclusivement à pièces, ces machines sont indispensables au quotidien des Japonais et font partie intégrante du paysage local.

Avec cette série j’ai, à la fois, voulu m’amuser de cette situation, mais aussi, cherché à sortir des stéréotypes et autre images d’Epinal nippones si j’ose dire.

J’ai volontairement choisi un traitement visuel à la croisée des styles graphiques du mangas ou des animés tout en respectant les codes de la photo de rue, en photographiant ces “passants immobiles”, témoins d’une forme de pop culture.